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Besoin d'écrire ce qui m'arrive, en espérant que cela m'aidera.
Je ne reçois que de la bienveillance par ici, et j'en ai tant besoin...

Depuis quelques temps, les épisodes anxieux sont revenus.
Les boules d'angoisse, les crises qui tétanisent, les montées de stress.
Pas de raison à tout ça, un état que je connais hélas trop bien, les dépressions qui marquent le rythme de mon existence depuis plus de 20 ans. Les médicaments, je les connais bien, les psychothérapies aussi, tout cela m'a aidée, sauvée même, par le passé.
Désormais, j'avance seule. Par choix. Parce que je commence à me connaître aussi. Je perçois les signes précoces de l'état dépressif, je sais détecter tous ces déréglements qui m'envahissent, je repère les changements d'humeur et de fonctionnement dès qu'ils apparaissent. Je ne suis pas vraiment seule, bien sûre. Mon homme me connaît depuis tant d'années qu'il capte presque aussi vite que moi les modifications que je subis.
Je ne veux pas m'en remettre à la seule prescription pharmaceutique. J'ai testé nombre de molécules, je connais les effets secondaires, parfois tellement détestables et invivables que je veux apprendre à faire sans. Pour cela, il faut que je ne sombre pas, que je reste à flots, que je redresse le niveau avant qu'il ne soit trop tard. Je m'appuie sur des années de thérapie aussi. Je pense avoir fait à peu près le tour de mes névroses, j'ai posé quelques valises en chemin, je n'ai pas fait la paix avec moi-même mais je connais mes failles, mes faiblesses.
Je sais que je peux m'en sortir sans traitement. Je l'ai déjà fait, je sais ce qu'il me faut mettre en place pour y arriver.
Oui mais... cette phase où je refuse tout, où je ne veux pas faire ce qui est bon pour moi, c'est la phase la plus délicate. Il faut que j'arrive à lâcher prise, à accepter ce qui m'arrive, car tant que je lutte je ne fais que tomber un peu plus bas. Comme il est difficile d'accepter cet état ! Accepter cette faiblesse, ce dysfonctionnement... Le raisonnement s'égare, les idées noires font leur apparition, le cerveau tourne en boucle, s'accroche à des erreurs, se dupe lui-même. Les nuits raccourcies n'arrangent pas la situation. Le cerveau se court-circuite, tout va de travers, je le sais mais n'y peux rien. Je suis spectatrice de ma chute, c'est terrifiant. Les jours se suivent, se ressemblent, avec des moments de calme relatif, et des moments d'agitation, d'angoisse qui monte, qui submerge, qui paralyse. Certains gestes, des choses toutes simples, deviennnent difficiles, parfois impossibles. Sortir, affronter le regard d'autrui, cela peut devenir une torture, réellement. Les douleurs physiques m'en empêchent aussi parfois, les muscles tellement tendus qu'ils font mal à en pleurer. Les pleurs, bien sûr, du matin au soir certains jours, alors forcément, sortir comme cela, c'est compliqué. Les yeux rougis et gonflés, difficile d'avoir une vie sociale normale, je rase les murs, baisse la tête, je prie pour ne croiser personne sur mon chemin. Et la boule dans la gorge qui empêche de respirer, qui asphyxie, qui recouvre tout d'une épaisse couche de neige, froide et pesante.

J'écris tout ceci parce que cela doit sortir, arrêter de me détruire. Parce que les moments de lucidité vont m'aider à garder la tête hors de l'eau. Je ne vous demande pas de réagir à mes mots, je les pose ici pour moi, je ne veux surtout pas "partager" ma peine comme on partagerait un bon gâteau. Ma douleur est à moi, rien qu'à moi, elle est la conséquence d'une maladie qui me diminue et pourrait bien me réduire en miettes, mais je veux résister, je dois résister, je ne suis pas seule.